
Dans le monde du vin, les producteurs consacrent généralement leur carrière à bâtir la réputation de leur appellation. Rares sont ceux qui décident volontairement de s’en éloigner. C’est pourtant le choix qu’a fait le Domaine Gallety à partir du millésime 2021 en abandonnant l’appellation Côtes-du-Vivarais au profit de la simple mention Vin de France.
Derrière cette décision se cache une philosophie qui résume parfaitement l’esprit du domaine : privilégier la qualité du vin avant toute autre considération.
J’ai récemment eu l’occasion de rencontrer David-Alexandre Gallety lors de son passage au Québec. Au fil de notre conversation, j’ai redécouvert un domaine familial dont l’indépendance, la rigueur et la recherche constante de précision semblent guider chacune des décisions prises à la vigne comme au chai.
Situé à Saint-Montan, dans les reliefs de l’Ardèche méridionale, le Domaine Gallety occupe une colline qui domine la vallée du Rhône avec, par temps clair, une vue qui s’étend jusqu’au Mont Ventoux et aux Dentelles de Montmirail. Fondée en 1974, la propriété s’inscrit dans un environnement particulièrement préservé où la vigne partage l’espace avec les bois, la garrigue et quelques vergers.
Ce qui frappe immédiatement, c’est que la vigne n’occupe qu’une partie du domaine.
« Nous avons 15 hectares de vignes d’un seul tenant. La cave est au milieu et toutes les vignes sont autour. Après, nous avons près de 80 hectares de bois. Nous sommes vraiment dans un microcosme tout seul, avec personne autour. »
Cette configuration exceptionnelle contribue largement à l’identité du domaine. Les vignes sont regroupées autour du chai et entourées d’espaces naturels qui favorisent une biodiversité remarquable.
En fait selon plusieurs critiques le Domaine Gallety figure parmi les références incontournables du Vivarais. Plusieurs observateurs le considèrent même comme le domaine emblématique de cette petite région située à la frontière entre Rhône Nord et Rhône Sud.

Une histoire de famille et de convictions
L’histoire débute en 1974 lorsque la famille Gallety acquiert la propriété.
« Ce n’était pas un domaine viticole à l’époque. C’était une ferme comme il y en avait beaucoup dans le sud de la France avec un peu de vigne, des animaux et des arbres fruitiers. »
Le premier millésime est produit en 1979. Quelques années plus tard, en 1982, Alain Gallety entreprend une profonde restructuration du vignoble. Il sélectionne soigneusement les cépages, réorganise les plantations et recentre progressivement toute la production autour de l’expression du terroir.
Cette orientation marque encore aujourd’hui l’identité du domaine.
Au début des années 2000, David-Alexandre rejoint à son tour l’entreprise familiale.
« Mon père est arrivé en 1981 et moi en 2004. »
Plus qu’une simple transmission générationnelle, c’est une véritable continuité de vision qui s’installe entre le père et le fils.
Aujourd’hui, Alain et David-Alexandre Gallety poursuivent ensemble un travail patient où chaque parcelle est observée individuellement et chaque décision est prise avec une grande attention aux détails.
Une indépendance devenue rare
À une époque où de nombreux domaines font appel à des consultants, à des œnologues-conseils et à des équipes spécialisées, le Domaine Gallety fait figure d’exception.
« Nous sommes complètement indépendants de la taille de la vigne à la commercialisation. »
Cette autonomie est totale.
« On vendange manuellement, on vinifie nous-mêmes les vins. Il n’y a pas d’œnologue. On les élève, on les met en bouteille nous-mêmes. Personne ne vient de l’extérieur pour nous aider. »
L’équipe demeure volontairement restreinte.
« Nous sommes mon épouse Émilie, mon père, mon beau-frère et moi. Tout le monde donne son avis dans le vin. Il n’y a pas une personne qui décide seule. »
Cette structure familiale permet une cohérence rarement rencontrée dans des domaines de cette taille.
Des pionniers du bio depuis 1979
Bien avant que l’agriculture biologique ne devienne une tendance ou un argument marketing, la famille Gallety avait déjà choisi cette voie.
« Nous sommes en agriculture biologique depuis 1979. Pas de désherbants, pas de pesticides, rien du tout. »
Depuis près d’un demi-siècle, les sols sont travaillés mécaniquement afin de préserver leur vitalité naturelle. Les interventions sont limitées au strict nécessaire et les vieilles vignes, dont plusieurs dépassent quarante ans, produisent naturellement de faibles rendements.
« La quantité n’est pas notre objectif. Nous préférons faire moins, mais meilleur. »
Les rendements avoisinent généralement 25 hectolitres à l’hectare, parfois moins encore selon les millésimes.
Un terroir exceptionnel à la croisée des influences

Le Domaine Gallety occupe une position géographique particulièrement singulière au cœur du Vivarais.
« Nous cultivons nos vignes à l’endroit précis où les trois terroirs du Vivarais convergent, une situation assez exceptionnelle. »
Le vignoble se situe dans une zone de rencontre entre plusieurs influences géologiques : calcaires urgoniens, coteaux argilo-calcaires, sables jaunes de l’Albien et anciennes terrasses alluviales.
Cette diversité a conduit la famille à développer une connaissance extrêmement fine de chacune de ses parcelles.
Le travail ne repose pas uniquement sur les sols. Les microclimats, les expositions, les vents dominants ainsi que l’influence des forêts environnantes sont également pris en compte dans les décisions viticoles.
« Les syrahs sont plantées sur les argiles et les grenaches sur les sols beaucoup plus drainants avec beaucoup de cailloux. »
Cette adaptation minutieuse des cépages à leur environnement constitue l’un des fondements du style Gallety.
Une recherche constante de fraîcheur
Bien que situé dans le sud de la vallée du Rhône, le domaine recherche davantage l’élégance que la puissance.
« Nous cherchons vraiment à garder de la fraîcheur dans les vins et à éviter les vins trop mûrs avec trop d’alcool. »
Lorsqu’on lui demande quelles sont ses références stylistiques, David-Alexandre Gallety répond sans hésiter :
« Nous préférons les vins bourguignons avec beaucoup de longueur, de précision et de justesse aromatique. »
Cette recherche de précision constitue sans doute la meilleure définition du style Gallety.
Les cuvées Syrare, Emma ou encore Ligure sont élaborées avec le même niveau d’exigence, qu’il s’agisse d’un monocépage ou d’un assemblage.
Le choix audacieux du Vin de France
L’une des décisions les plus marquantes de l’histoire récente du domaine demeure l’abandon de l’appellation Côtes-du-Vivarais après le millésime 2020.
« Nous voulions pouvoir changer certains pourcentages de cépages dans une cuvée pour que le vin soit meilleur plutôt que de coller à l’appellation. »
Depuis 2021, les vins sont donc commercialisés sous la mention Vin de France.
« Nous n’avons quasiment rien changé. Mais certaines années, si nous voulons mettre un peu plus de syrah ou un peu plus de grenache pour que le vin soit meilleur, nous pouvons le faire. »
Pour David-Alexandre, l’objectif demeure inchangé.
« Le but, c’est que le vin soit toujours le meilleur possible. C’est notre objectif premier et ce pourquoi nous nous levons tous les jours. »
Dans le chai : un travail d’orfèvre
Cette même recherche de précision se poursuit lors de la vinification.
Les vendanges sont réalisées manuellement en petites caisses et un premier tri est effectué directement à la vigne.
Les raisins sont vinifiés cépage par cépage et parcelle par parcelle. Après un égrappage partiel et une macération préfermentaire à froid, les fermentations sont conduites avec les levures indigènes.
Remontages et pigeages quotidiens accompagnent des cuvaisons d’environ trois semaines afin d’obtenir une extraction mesurée.
Les rouges fermentent en cuves béton avant d’être élevés pendant quatorze à quinze mois en grands foudres et vieux contenants de chêne. Le blanc est quant à lui vinifié et élevé en cuve inox afin de préserver toute sa pureté aromatique.
La mise en bouteille est effectuée au domaine, certaines cuvées étant embouteillées sans collage ou sans filtration selon les besoins du millésime.
Faire moins, mais mieux
Toutes les cuvées ne sont pas produites chaque année.
« Il faut vraiment que le millésime le permette. Si nous estimons qu’un vin n’est pas au niveau, nous ne le sortons pas. »
Cette philosophie se retrouve dans l’ensemble des décisions prises au domaine.
La production annuelle oscille généralement entre 50 000 et 60 000 bouteilles.
« Nous préférons faire peu de bouteilles très bonnes que beaucoup de bouteilles moyennes. »
Les sangliers, une bataille quotidienne
La nature omniprésente autour du domaine apporte aussi son lot de défis.
« En 2010, ils nous avaient mangé une parcelle entière d’un hectare. »
Depuis, des clôtures électriques protègent les vignes pendant la période sensible.
« Malgré tout, c’est une lutte perpétuelle. »
Une philosophie qui traverse les générations
Au terme de cette rencontre, ce qui impressionne le plus n’est ni le statut de pionnier du bio, ni la réputation du domaine, ni même la décision audacieuse de quitter son appellation.
Ce qui marque véritablement est la cohérence remarquable entre le discours et les actes.
Depuis trois générations, la famille Gallety poursuit la même quête : produire les meilleurs vins possibles en laissant parler le terroir plutôt que les modes, les cahiers de charges ou les impératifs commerciaux.
David-Alexandre Gallety résume cette philosophie avec simplicité :
« Notre objectif n’est pas de faire beaucoup. Notre objectif, c’est de faire bon. »

La Dégustation
Je vous fais part de mes notes de dégustation de quatre cuvées qui reflètent en tous points la recherche constante de qualité de cette maison. J’ai eu le bonheur de la découvrir il y a une vingtaine d’années grâce à Benoît Lecavalier de l’agence Benedictus ainsi que via le club de dégustation de Jean Couvrette. Nous avions alors rencontré Alain Gallety avec sa cuvée La Syrare qui a fait un malheur lors de tant de dégustations à l’aveugle!!
Ces vins sont disponibles en importation privée en contactant l’agence Benedictus (514) 913-5405 ou via benlecavalier@sympatico.ca.
Cuvée Emma, Vignoble de la Vallée du Rhône, 2022, 77,00$/btle, cépages : Grenache 60%, Syrah 40%

Origine et vinification
Sélection parcellaire, assemblage de 60% Grenache 40% Syrah de vignes âgées d’environ 50 ans. Rendements très faibles de 25 à 30 hl/ha. Vinification traditionnelle en cuve béton avec élevage de18-24 mois en fûts de chêne.
Notes de dégustation
Au nez, la Cuvée Emma séduit par son expression raffinée et complexe dominée par les fruits noirs mûrs tels que la mûre, le cassis et la prune noire. À ces notes fruitées s’ajoutent des arômes de violette, de réglisse, d’épices douces et de garrigue qui rappellent le thym et le romarin typiques des paysages méditerranéens. L’ensemble dégage beaucoup de fraîcheur et d’élégance.
En bouche, le vin se montre ample et harmonieux avec une texture soyeuse et des tannins parfaitement intégrés. Assez intense et dense, il conserve malgré tout une belle tension qui lui apporte équilibre et précision. Les saveurs de fruits noirs, de réglisse et d’herbes aromatiques se prolongent longuement dans une finale persistante, fraîche et élégante.
Cuvée Gallety, Vignoble de la Vallée du Rhône, 2022, 48,00$/btle, cépages : Grenache 50%, Syrah 50%

Origine et vinification
Ce vin est issu de vignes de âgées de 40 à 45 ans. Rendements de 25 hl/ha. Vendange manuelle, macération de 21 jours en cuve puis élevage en fûts de chêne pendant 14 à 15 mois.
Notes de dégustation
Au nez, cette cuvée dévoile un profil généreux marqué par la cerise noire, la mûre et le cassis, auxquels se greffent des notes de poivre, d’épices douces et de réglisse. Des nuances légèrement terreuses et de garrigue viennent enrichir l’ensemble et témoignent de son origine rhodanienne.
En bouche, le vin offre une matière généreuse tout en conservant beaucoup d’énergie et de fraîcheur. Les tannins sont présents mais souples, soutenant une trame fruitée juteuse et savoureuse. Les saveurs de fruits noirs, d’épices et de réglisse dominent une finale équilibrée qui allie puissance et buvabilité.
Cuvée la Syrare, Vignoble de la Vallée du Rhône, 2022, 145,00$/btle, cépage : Syrah 100%

Origine et vinification
Cette sélection parcellaire de vieilles vignes de Syrah est le fruit d’un travail très rigoureux avec des rendements de 12 à 15 hl/ha. Ces vignes sont enracinées à plus de 80m de profondeur.
Macération de 45 jours puis élevage en fûts de chêne neufs pendant 2 ans. Ce vin est mis en bouteilles sans collage ni filtration.
Notes de dégustation
C’est un vin que je déguste depuis plus de vingt-cinq ans. D’ailleurs j’ai encore plusieurs bouteilles de plusieurs millésimes de 2003, jusqu’à 2011. Dégusté plusieurs fois à l’aveugle contre des vins tels entre autres des Côtes-Rôties La Syrare a constamment terminé au sommet de ces dégustations. Il possède sans équivoque un potentiel de garde exceptionnel.
Au nez, La Syrare exprime avec intensité tout le caractère de la Syrah. Les arômes de cassis, de mûres et de cerises noires sont accompagnés de notes florales de violettes ainsi que d’accents de poivre noir, d’olives noires, de fumée délicate et d’épices. L’ensemble se révèle à la fois profond, complexe et remarquablement précis.
En bouche, cette cuvée impressionne par sa densité et sa concentration tout en conservant une fraîcheur remarquable. Les tannins sont fins, serrés et parfaitement mûrs. Les saveurs de fruits noirs, de poivre et d’épices se développent progressivement avant de laisser place à une longue finale minérale et épicée qui persiste de longues secondes. Exceptionnellement délicieux!
Cuvée La Ligure, Vignoble de la Vallée du Rhône, 2022 (2019 dispo), 225,00$/btle, cépages : Grenache 60%, Syrah 40%.

Origine et vinification
La Ligure est une cuvée issue d’une sélection parcellaire de vignes dont l’âge moyen est de 85 ans, à base de 60 % Grenache, 40% Syrah. Les rendements sont excessivement faibles (environ 8 hl/an ce qui est très bas), la macération lors de la vinification dure environ un mois et demi, puis le vin passe en fûts de chêne entre 36 à 40 mois.
Notes de dégustation
Au nez, La Ligure présente un bouquet particulièrement complexe où se mêlent mûres sauvages, prunes noires, cassis et cerises noires. Des notes de poivre, de réglisse, d’épices orientales, de cacao, de balsamique et de fines touches boisées ajoutent de la profondeur à l’ensemble. Le vin gagne continuellement en complexité à l’aération.
En bouche, La Ligure affiche une texture veloutée et une remarquable profondeur. La matière est riche et concentrée, mais parfaitement équilibrée par une fraîcheur naturelle qui évite toute lourdeur. Les saveurs de fruits noirs mûrs, d’épices, de réglisse et de garrigue s’étirent dans une finale très longue, complexe et raffinée. Cette cuvée possède une structure, une précision et une profondeur qui lui confèrent un potentiel de garde exceptionnel.


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