Domaine Labranche : des cépages rustiques au Riesling et au Gamay, l’évolution d’un vignoble québécois

Entrevue avec Louis Desgroseillers – président et vigneron du Domaine Labranche

En 2020, je réalisais une première entrevue avec Louis Desgroseilliers, président et vigneron du Domaine Labranche, cette entreprise familiale de Saint-Isidore qui réunit sous un même toit érablière, verger et vignoble. Six ans plus tard, je l’ai recontacté pour mesurer le chemin parcouru et faire le point sur l’impressionnante croissance du Domaine.

Un détail, dès le début de notre nouvelle entrevue, illustrait parfaitement cette évolution : Louis Desgroseilliers attendait justement l’arrivée d’un camion chargé de nouvelles cuves en inox destinées au chai. Une livraison qui en disait déjà long sur l’expansion de l’entreprise et sur ses ambitions pour les prochaines années.

Un survol sur l’histoire du Domaine

Bien avant que les premières vignes soient plantées, la famille Desgroseilliers cultivait déjà les terres de Saint-Isidore, en Montérégie. L’histoire du Domaine Labranche commence véritablement dans l’érablière : dès les années 1920, Victor Desgroseilliers entaille les érables de la propriété et produit du sirop destiné à la famille ainsi qu’à quelques épiceries montréalaises. Une petite cabane est ensuite aménagée dans l’érablière. Le Domaine situe pour sa part la naissance de sa configuration actuelle en 2009, lorsque la nouvelle génération réunit progressivement érablière, cidrerie et vignoble.

Le site actuel du Domaine parle de quatre générations ayant exploité directement l’entreprise de Saint-Isidore, alors que Louis Desgroseilliers évoquait dans une entrevue effectuée en 2020 une histoire agricole familiale remontant à huit générations.

Cette profondeur historique explique en partie la particularité du Domaine Labranche. Il ne s’agit pas d’un vignoble créé ex nihilo, mais d’une entreprise agricole qui a successivement développé l’acériculture, le maraîchage, la pomiculture, puis la vigne et l’agrotourisme. En 2026, le Domaine se présente toujours comme un ensemble réunissant érablière, verger et vignoble, avec une agriculture biologique au cœur de son positionnement.

Le tournant de 2009

La vigne arrive presque par hasard.

Dans l’entrevue que m’avait accordée Louis Desgroseilliers en 2020 il expliquait que son père envisageait initialement la plantation de vignes comme une nouvelle activité agricole, avec la possibilité de vendre les raisins à d’autres producteurs.

« Vers 2009, mon père, qui était entrepreneur — on est une famille d’entrepreneurs en fait — avait le goût de planter de la vigne dans une éventualité de revendre le raisin. »

À l’époque, Louis Desgroseilliers terminait ses études en gestion d’entreprises agricoles. La rencontre avec les œnologues québécois Richard Bastien et Jérémy d’Hauteville change cependant la trajectoire du projet. Ceux-ci deviennent les œnologues-conseils du Domaine et encouragent la famille à aller plus loin dans la transformation de ses propres produits. Jérémy d’Hauteville est toujours avec le Domaine Labranche

Alors un premier hectare de Frontenac a été planté en 2009 et l’entreprise a obtenu son permis de production et de vente d’alcool en 2011. Louis Desgroseilliers se forme parallèlement à la viticulture et à la transformation, alors qu’un agronome spécialisé intervient au vignoble et un œnologue au chai.

Le raisin devient alors l’un des trois piliers d’un modèle reposant sur la vigne, la pomme et l’érable.

Comme l’expliquait Louis Desgroseilliers « Quand on a commencé à se faire la main avec le vin et avec le cidre […] on s’est dit que si on était capable de vinifier les deux, on serait aussi capable de fermenter de l’eau d’érable. » C’est ainsi qu’un projet initialement limité à la culture du raisin s’est transformé en une entreprise de transformation beaucoup plus vaste.

Nouvelle entrevue avec Louis Desgroseillers

Vinformateur (VF) Merci de m’accorder de votre temps pour cette nouvelle entrevue dont les délais de publication sont assez serrés.

Louis Desgroseilliers (LD) :

Oui, ça va très bien. J’avoue être un peu serré moi-même dans mon horaire parce qu’à 5h, je reçois trois nouvelles cuves de 8600 litres, qui sont partis de chez ElNova à Rougemont pour venir chez moi. Donc à 5h, ils seront là, donc je devrai m’assurer du déchargement.  

VF : Alors allons-y avec votre développement depuis notre dernière entrevue. Vous aviez alors 5 hectares de vignes je crois.

LD : Nous sommes maintenant rendus à 12 hectares dont 6 en cépages nordiques et 6 en cépages vitis vinifera. En fait notre première plantation de vinifera s’est faite en 2021, et c’était avec du Riesling. En 2022, nous avons planté du gamay. Et 2024, même 2023, en tout cas, ça a été le Chardonnay. Alors cette année, c’est notre première année de récolte de Chardonnay, donc nous allons le vinifier pour la première fois cet automne. Mais sinon, ça fait déjà 3 ans maintenant, 3-4 ans que l’on vinifie du Riesling et du Gamay.

VF : Vous semblez évoluer vers les vitis vinifera. Est-ce que les variations climatiques ont joué un rôle important dans le développement des vitis vinifera chez vous ?

LD : Effectivement, en fait, à la base, on est allé sur les cépages qui étaient peut-être un peu plus prudents, entre guillemets, il y a quelques années. La réalité, c’est que Sainte Isidore est très à proximité de Saint-Jacques, par exemple, et puis on a des conditions climatiques favorables assez similaires, c’est à dire qu’en Montérégie Ouest, on est vraiment rive sud de Montréal, alors on est dans les régions, dans le top 2, top 3 des régions au Québec, qui a le plus d’unités thermiques

Alors c’est comparable à Saint-Paul d’Abotsford ou Saint-Hilaire et tout ça. Et ça, c’est le premier point. Donc on a vraiment, je dirais, une belle capacité à porter les raisins à pleine maturité. C’est presque un enjeu d’un point de vue des rustiques, parce que si on vendange trop tard, on se retrouve même avec des vins, j’ai envie de dire, chaleureux, qu’on peut se rendre facilement à 14-15 degrés d’alcool. Donc, il faut faire attention. Sur les vinifera, tout de même, on est autour d’une moyenne d’environ 13% d’alcool. 

Ce qui est bon pour le Gamay, le Riesling, le Chardo, tout ça, c’est très bien. Alors, ça va de 12,5 à 13,5. On a de très beaux équilibres.

Le deuxième point, c’est qu’il y a un beau projet d’éoliennes dans notre secteur depuis déjà 10 ans, c’est tout finalisé, à peu près 44 éoliennes réparties, Saint-Isidore, Saint-Rémy, Châteauguay et autres. Et donc, il y a toujours un brassage de l’air, il y a toujours un courant d’air. Saint-Isidore est vraiment réputé et c’est particulier un peu, pour ce mouvement d’air là qui fait en sorte que, point de vue insectes, maladies, et champignons, c’est très favorable à la culture biologique.

Alors nous, c’est 12 hectares en régie biologique, le verger étant bio, l’érablière étant bio, et les terres du domaine Labranche sont entourées de l’entreprise familiale. Mes frères et moi sommes également producteurs de fruits et légumes, une grande entreprise de fruits et légumes, et c’est 100 % en régie biologique également. 

VF : Ecocert ou Demeter? 

LD : Ecocert. Donc Domaine Labranche est Ecocert, l’entreprise Jardin Pur Délice est également donc Ecocert, qui est une entreprise de fruits et légumes biologiques. Alors donc, clairement, les températures sont un avantage et le vent est un avantage pour le gel également. Le gel crée des dommages lorsqu’il est stagnant et ce n’est pas le cas chez nous. Donc, il y a toujours un mouvement. Donc, il y a peu, voire pas de gel chez nous.

Honnêtement, la dernière fois, c’est presque il y a une dizaine d’années. Donc, il n’y a pas de gel printanier qui est problématique chez nous, d’une part. Et d’autre part, on est vraiment capable d’aller chercher pleine maturité. Donc, on se retrouve à même produire un peu plus que notre capacité en termes de raisin vinifera et on vend beaucoup notre raisin vinifera bio à un autre producteur, qui lui n’a pas nécessairement les mêmes conditions. 

VF : Je comprends. Tu parlais de maturité et de jours d’ensoleillement. Est-ce que le profil aromatique des rouges a bénéficié avec les conditions climatiques? 

LD : Oui, même je dirais, au tout début, on avait des vins qui étaient, j’ai envie de dire, quand même assez barriqués. Aujourd’hui, si on parle, on a comme deux vins essentiellement, on essaie de segmenter entrée de gamme, haut de gamme. Les vins entrée de gamme sont issus de cépages nordiques et les vins haut de gamme sont à partir de vinifera bio. Et donc, dans le cas même de l’entrée de gamme, avant on travaillait beaucoup avec le bois, aujourd’hui la réalité c’est qu’on se retrouve avec des vins assez bien structuré, limite corsé naturellement, parce qu’il y a une belle maturité, une belle concentration.

Donc, même dans le Gamay, qui est notre rouge haut de gamme, plusieurs personnes, lorsqu’ils le dégustent, ont l’impression qu’il y a eu un léger passage avec le bois, ce qui n’est pas. Donc 100 % Gamay, mais bien structuré, j’ai envie de dire. Je ne veux pas trop m’avancer, mais j’ai envie de dire plus structuré que les Beaujolais. 

On reste dans le vin rouge quand même, j’ai envie de dire, léger, fruité, mais c’est pas pâle. Il y a une belle intensité aromatique, il y a une belle structure, il y a une belle longueur naturellement avec l’élevage en cuve inox. 

VF : Quelle est maintenant la quantité de bouteilles que vous produisez.

LD : Alors de l’eau a coulé sur les ponts et nous sommes rendu à 100 000 aujourd’hui. Et les produits ont évolué.

On était autrefois quand même très orienté dans l’érable et puis le cidre. On a commencé avec l’érable en 2009, 2010 et tout ça, c’était vraiment vraiment dans les alcools d’érable. Les vins desserts, cidre de glace, c’est ça. Voilà, et puis après ça, on a commencé aussi, nos premières amours étaient dans le cidre, le cidre en mousseux, tout ça. Mais maintenant, je dirais que l’entièreté des 100 000 bouteilles sont issues de raisins, et puis donc la moitié sont en vinifera, donc cette année, ça fait un peu plus que 100 000. 

Dans la passé, on a essayé toutes sortes de choses qui, honnêtement, en quelque part, on était satisfaits des résultats. Un mousseux rosé, érable et framboise, et qui trouvaient preneur, qui était super intéressant, mais ça reste des produits qui sont, j’ai envie de dire, relativement nichés, un peu plus occasionnels. Et puis, on a réalisé avec le COVID que dans une période, on va dire, d’incertitude, les gens reviennent à l’essentiel, à ce qui est connu. Donc, nous, la consommation régulière des Québécois, c’est du rouge, du blanc, du rosé avec les bulles, mais essentiellement, c’est vraiment des vins issus du raisin. Alors, on s’est réorienté davantage sur le raisin. Donc, on a implanté 6 hectares en 3 ans, alors on est allé travailler avec une belle cadence. Et en théorie, on devrait se rajouter un hectare supplémentaire l’année prochaine en 2027. 

VF ; Donc vous produisez des vitis vinifera depuis 2-3 ans j’imagine ?

LD : Oui, on a eu trois ans de Riesling, deux ans de Gamay. Donc ça, c’est ce que tu appelles notre nouvelle orientation. En toute transparence, si j’ai à augmenter le vignoble, c’est définitivement dans le vinifera. Donc, l’année prochaine, ça semble être assez conclu, un hectare supplémentaire en Chardonnay. Pour le moment, on n’a pas l’intention d’implanter d’autres cépages vinifera que ces trois-là. C’est plus dans une question d’efficience. On a une certaine disponibilité dans la cuverie, on fait des efforts promotionnels en SAQ. Quand on se diversifie trop, des fois, on s’éparpille, c’est pas mieux.  C’est un peu l’idée, Donc, bon, tout ça. Mais on pourrait, oui, on pourrait très bien planter Cabernet-Franc, on pourrait planter Pinot, tout ça. Tu sais, on est vignerons on pourrait tout planter, Mais c’est pas nécessairement toujours la meilleure stratégie. Et puis, d’un point de vue production, donc commercialisation, c’est une chose.

Tu sais, le Gamay, le Riesling, le Chardonnay ce sont des noms qui sont connus.

De plus il faut savoir que le Chardonnay, le Riesling et le Gamay sont trois beaux cépages assez productifs et qui sont assez rustiques, qui passent bien au travers de la rusticité de l’hiver. Et d’un point de vue maladif, ça se contrôle très bien. Le Pinot est un exemple d’un cépage qui est moins productif et mais très sensible aux maladies. Ça, c’est plus touchy. Donc, alors que les trois cépages qu’on a sélectionnés ont fait leurs preuves, entre guillemets. Avant de les implanter, on s’est bien renseignés. Évidemment, je suis très proche d’Yvan. Je suis proche également de Charles-Henri de l’Orpailleur. On se connaît très bien. Puis avant d’implanter ces trois cépages-là, on a voulu s’assurer que c’était correct.

VF : Est-ce que vous mettez plus d’emphase sur les blancs? 

LD : Une bonne question. J’ai envie de dire, proportionnellement en ce moment, sur les superficies 6 hectares, j’en ai 1.5 de Chardonnay, 2 de Rieslinget puis 2 de Gamay. Donc, j’ai envie de dire, pour le moment, j’ai une tendance sur le blanc. Pourquoi? Parce qu’on a une facilité d’écouler le blanc commercialement en SAQ. Nous, en tant que vignerons québécois, on a comme un vieil adage entre nous que, tu sais, encore aujourd’hui, la plus grande consommation de vin mondial, ça reste le rouge. La majorité de la consommation de vin, c’est du rouge, mais au Québec, c’est pas vrai. Au Québec, c’est-à-dire que oui, ça reste. On dit souvent 70 % de la consommation, c’est du rouge. En tout cas-là, maintenant, avec les changements climatiques, ça a peut-être légèrement diminué, mais ça a été fortement le rouge. Au Québec, bien, dans le fond, c’est que les gens consomment plus de blanc québécois que de rouge québécois. Alors, le vigneron québécois moyen est bien averti qu’il doit avoir une proportion plus importante de blanc que de rouge dans son portefeuille.

Donc, je pense qu’on s’est quand même orienté un petit peu plus sur le blanc, c’est vrai. Quoiqu’on en reçoit des commentaires qui sont au-delà de nos attentes pour le Gamay.

De façon générale, les gens sont agréablement surpris. C’est entre guillemets, c’est un vinifera, ça nous donne une longueur d’avance par rapport au rouge d’entrée de gamme, qui est plutôt un assemblage de Frontenac et de petites perles. Et donc, veut, veut pas, même si on est satisfait de l’équilibre, on est moins dans la famille d’arômes que les clients sont habitués. 

Dans l’entrée de gamme, le rouge est issu de Petite Perle et de Frontenac. Le blanc est un assemblage de Frontenac blanc et de Saint-Pépin. Et le rosé est un assemblage de Frontenac noir et de Marquette. Donc, dans les trois cas, ça reste un assemblage de deux cépages. Et vous remarquez que le deuxième cépage est toujours là pour balancer l’acidité du premier. Très important, le Saint-Pépin vient merveilleusement balancer l’acidité du Frontenac blanc. Tandis que les Vinifera, jusqu’à maintenant, on les travaille vraiment monocépage, le Riesling 100%, le Gamay 100% et le Chardonnay 100%. 

Maintenant, dans la gamme Vinifera, on les décline en blanc, rouge, rosé, et en bulles. C’est une de nos spécificités.  Et on a une mousseux rosé Gamay, 100% Gamay.

Donc tout ça, c’est en méthode traditionnelle, type champenoise, c’est pas en carbonaté ou autre. Donc la méthode traditionnelle, c’est une technique qu’on affectionne particulièrement puis on aime beaucoup le résultat final que ça donne. 

VF : Donc somme toute, au niveau de votre philosophie en vinification, vous utilisez de moins en moins le bois.

LD : Absolument. En fait, c’est 100 % en cuves inox aujourd’hui. Évidemment, on travaille les malos, ça, c’est évident. Mais un peu de macération carbonique pour le Gamay, mais il n’y a aucun vieillissement. En fait, moins de vieillissement de façon générale, mais en même temps, c’est des vins qui en nécessitent moins, parce que le Vinifera nous le permet. Évidemment, les méthodes traditionnelles vont avoir beaucoup plus de vieillissement sur lit. Mais oui, on fait moins de bois, on était beaucoup dans le bois dans le passé, aujourd’hui, c’est plus que l’inox. On essaie de jouer sur la fraîcheur, on essaie de suivre les tendances, donc on est vraiment sur une orientation de bouteilles plutôt transparente. Et puis des vins, on essaie de les faire le plus léger possible, pratiquement prêt à boire, un peu plus frais, désaltérant. C’est pas moins bien fait, au contraire, dans le sens où les faire de cette façon-là, on a moins de filets de sécurité. Tous les vins sont secs.

Un, j’ai aucun de mes vins qui est « chaptalisé » parce qu’on est capable d’aller chercher les maturités. De deux, c’est bio. deux trois, c’est zéro édulcoré. Aucun de mes vins est édulcoré, sont tous secs, moins de deux grammes par litre. Alors c’est sec sec, fruité mais sec. Et puis on a l’équipe qui nous le permet aujourd’hui, on a le raisin, il est très sain au champ, c’est de toute beauté, malgré que c’est en régie biologique. Mon confrère qui m’aide mon bras droit à la production, il est œnologue. Donc on a un œnologue à temps plein qui s’occupe de la fabrication des vins. Et nous sommes toujours conseillé pat Jérémy d’Hauteville.

Alors non seulement on a un œnologue à temps plein, Olivier Lemay, qui est Québécois, qui a fait son œnologie à Toulouse. Dans les rares oenologues québécois au Québec, j’en connais pas beaucoup. Et puis, malgré tout ça, on est toujours conseillé à un contrat annuel avec Jérémie, on est conseillé par un agronome, qui est Mathieu Martignac, que j’aime beaucoup. C’est notre agronome spécialisé pour le vignoble. Et on a notre agronome spécialisé en pomiculture biologique également pour le verger. On a une bonne équipe.

Moi-même, j’ai étudié en agriculture, mais j’ai étudié en gestion-exploitation d’entreprises agricoles. J’ai continué mes études par la suite en administration des affaires, puis quelques stages en France, France, Italie, Espagne, Californie. On a une bonne équipe sur place, mais j’aime bien, moi, être encadré par des professionnels plus compétents que moi encore pour être sûr.

Vous savez c’est du long terme, J’ai 36 ans aujourd’hui, j’ai commencé à produire du vin, j’avais 17 ans.

Donc, j’ai une vision très long terme et je vais être sûr et certain que chacune de mes, j’ai envie de dire, de mes démarches, de mes interventions ait une connotation pérenne et durable. 

VF : Parlons de la protection insectes, protection hivernale. 

LD :  À protection hivernale, donc tout le côté rustique nordique, évidemment, n’ont pas besoin d’être protégés. Donc, pour le 6 hectares de Vilifera, ils sont tous toilés, obligatoirement. Puis on est très bien équipés pour toiler ça. C’est des belles toiles de très bonne qualité. D’un point de vue insectes et maladies on s’en sort vraiment très bien. 

Aucun  problème de scarabée, je n’installe pas de filet sur les 12 hectares. Je connais pas d’autres producteurs qui n’installent pas le filet. Les oiseaux, on est entouré de terres agricoles. Contrairement à ce qu’on pense, l’oiseau a plus de difficultés à manger le raisin parce que c’est plus difficile pour son système digestif. Ça fait qu’il a tendance à manger du maïs, soya, toutes sortes de cultures autour. Donc on s’en sort vraiment très bien. Je ne dis pas qu’il n’y a pas aucun oiseau qui mange des raisins, mais pas suffisamment, pas justifié pour l’acquisition puis l’installation de toiles ou de filets protecteurs. 

VF : Écoute, je ne voudrais pas prendre plus de temps qu’il faut, tu m’en as déjà donné beaucoup. Mais pour finir pourrais-tu me parler de vos plans d’expansion ?

LD : Disons que pour les cuves inox qui s’en viennent c’est en prévision de l’hectare de Chardonnay de l’année prochaine. Nous en fait, c’est un peu particulier parce que Je pense que l’on est dans les vignerons au Québec qui sont parmi les mieux distribués d’un point de vue commercialement. C’est une de mes… Je ne sais pas si c’est une force que j’ai ou c’est un intérêt. Tu sais, nous, l’entreprise maraîchère, c’est une grande entreprise. Alors, moi, en gestion d’exploitation d’entreprises agricoles, j’ai étudié là-dedans aussi. Donc, j’ai mis beaucoup, d’efforts sur la vente et la mise en marché. 

Dans ma vision on développe d’abord les ventes, puis la production suit. Chez nous, c’est comme ça notre vision. Donc, on implante en fonction des ventes, puis on crée un besoin d’abord, puis on répond à ce besoin-là. Alors, nos vins sont distribués dans l’ensemble des IGA, des Métros et des Loblaws. Donc, ça fait à peu près 600 points de vente en grande surface, puis c’est davantage orienté sur les vins entrée de gamme, à partir du cépages nordiques. Et les viniferas, eux, en contrepartie, sont orientés plus sur les SAQ, sont orientés sur les boutiques spécialisées, plus au domaine. Alors, on est bien représentés en SAQ aussi. Bref, on travaille très, fort sur la mise en marché et donc, les ventes suivent en conséquence et donc, on continue dans cette expansion là. Mon objectif à moyen terme, c’est 20 hectares. Alors, j’ai pas encore fixé d’objectif d’augmentation annuellement. Mais moi, j’ai envie de dire, tant que ça va bien, on a la possibilité de s’agrandir. On est déjà en propriété d’une grande superficie plus que nécessaire. Donc, si les choses vont bien, on va y aller tranquillement chaque année. Je suis encore jeune, puis j’ai l’intention de faire ça pour encore plusieurs années. 

VF : Écoute, je te remercie énormément pour ton temps ! Votre cheminement est inspirant.

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