Vous avez une bouteille depuis plusieurs années et vous vous demandez si le temps est venu de l’ouvrir. Que faire?

Bouteilles de Richebourg Romanée-Conti 1990, Château Cantemerle 1989, Charmes-Chambertin, Philippe Charlopin 2001
Richebourg Romanée-Conti 1990, Château Cantemerle 1989, Charmes-Chambertin, Philippe Charlopin 2001

Vous est-il déjà arrivé de vous demander quand ouvrir une bouteille que vous avez reçue en cadeau ou que vous avez achetée en voyage? Vous attendez une occasion bien spéciale pour l’ouvrir et plus vous attendez plus vous vous posez la question : est-ce le bon temps de l’ouvrir?

Mais comment donc savoir si le temps est venu d’ouvrir cette bouteille qu’on reluque depuis un bon bout de temps?

Je vais tenter de répondre à cette question sans toutefois vous perdre dans des dédales de détails. Car c’est un sujet fort complexe.

Disons d’emblée que la très grande majorité des vins sont élaborés pour consommation immédiate ou disons dans une période de 1 à 3 ans. Il n’y a que très peu de vins auxquels la grande majorité des consommateurs ont accès qui soient des vins de longue garde. Je lisais dans un site spécialisé (Vinepair.com) que selon eux, 1% des vins étaient des vins de longue garde. Dans un autre (winemakermag.com) c’est de 3 à 5%. Disons que c’est certainement en bas de 10% ce qui n’est pas beaucoup.

Le 10%…ou moins

Parlons donc de ce 10% ou moins de ces vins qui sont de longue garde et qu’on peut donc attendre des années dans son cellier. Plusieurs facteurs entrent en jeu pour en déterminer le potentiel de garde :

Les tannins d’un vin rouge : règle générale, plus il sera tannique, plus il aura le potentiel d’évoluer dans le temps. Pour votre information les cépages suivants sont plus tanniques que la moyenne des cépages rouges – Nero d’Avola, Mourvèdre, Touriga Nacional, Syrah, Negroamaro, Petit Verdot, Cabernet-Sauvignon, Carmenère, Nebbiolo, Tannat, Malbec et autres. Par contre ce n’est pas nécessairement un gage de longévité car d’autres facteurs entrent en jeu.

Le niveau d’acidité : les vins blancs qui sont dotés d’une bonne acidité auront possiblement un potentiel de garde plus élevé. Idem pour les vins rouges.

Le niveau d’extrait du vin : on parle de la somme de toutes substances dissoutes (acides, sucres, minéraux, phénols et le glycérol) dans le vin, donc on parle de sa matière. En général, le niveau de rendement, la maturité et la qualité des raisins ainsi que le type de vinification jouent un rôle important.

Le niveau de sucre : on a qu’à penser aux vins liquoreux qui peuvent avoir un fort potentiel de garde. J’ai eu le bonheur de déguster de très vieux Château D’Yquem…

Le niveau d’alcool : l’alcool est un préservatif dans le vin mais n’est pas nécessairement un gage de longévité.

Les conditions de stockage : le vin craint la lumière, les variations trop brusques de températures, les vibrations et la chaleur. Le potentiel de garde d’un vin augmentera selon les conditions de stockage. Si vous avez gardé un vin près d’une source de chaleur, il dépérira beaucoup plus rapidement.

Bouteilles de Château Duhart Milon 2002, Guado al Tasso 1998, Masseto 2004
Château Duhart Milon 2002, Guado al Tasso 1998, Masseto 2004

Un peu plus facile SVP!

Mais bon pas facile de déterminer toutes ces caractéristiques pour le vin dont je me demande si le temps est venu de l’ouvrir. Alors comment se faciliter la vie pour déterminer quand ce vin doit être bu? Il y a quelques autres facteurs qui entrent en jeu.

Le prix du vin : le prix d’un vin peut être (mais pas nécessairement) un indicateur de potentiel de garde. Je dirais que tout ce qui est 40$ – $50 et plus pourrait être considéré comme ayant un meilleur potentiel de garde. Et ceci n’est certainement pas scientifique comme énoncé mais reflète mes observations sur plusieurs dégustations.

La provenance du vin : Certaines appellations ont développé une réputation pour la qualité de leurs vins et leur potentiel de garde. Par exemple : les vins de la région de Barolo, de Brunello di Montalcino, les Super Toscans, certains vins de Napa, les Grands Crus Classés de Bordeaux (5 niveaux), les vins de Saint-Émilion Premiers Grands Crus Classés et Saint-Émilion Grands Crus Classés, les vins de Bourgogne Premiers Crus et Villages Grands Crus, les vins de Chablis Premier Crus et Chablis Grands Crus, certains vins du Priorat, du Penedes et de Rioja en Espagne, les Champagnes grands crus et premiers crus (échelle des Crus), les Grands Crus d’Alsace, Premiers et Grands Crus de Sauternes, d’excellent Châtauneuf-du-Pape et j’en passe.

Bouteilles de Vin de Constance Klein Constantia 1993, Tignanello 1997, Le Dix de los Vascos 2008
Vin de Constance Klein Constantia 1993, Tignanello 1997, Le Dix de los Vascos 2008

La réputation du producteur : Un bon producteur saura se créer une réputation sans faille avec des vins distinctifs, qualitatifs et toujours excellents quel que soit le millésime. Avec des gens comme Pablo Alvares de Vega Sicilia, Piero Antinori d’Antinori, Robert Mondavi de Robert Mondavi Winery, Miguel Torres de Familia Torres, Étienne Guigal de E.Guigal, Michel Chapoutier, Eduardo Chadwick de Sena et bien d’autres on ne se trompe que très rarement.

Les fiches techniques : la grande majorité des producteurs développent des fiches techniques sur lesquelles on souvent quelquefois la plage optimale de dégustation. Pour trouver ces fiches allez sur le site de la SAQ.com et vous trouverez le nom de l’agence qui représente le producteur. Allez sur le site de l’agence et suite une recherche vous pourrez trouver cette fiche technique. Malheureusement ce ne sont pas toutes les agences qui donnent cette information ou qui ont ces fiches.

Site web SAQ.com et site web de l'agence Royplus.co
Site web SAQ.com et site web de l’agence Royplus.co

Si l’agence n’indique pas l’information recherchée, vous pouvez aller sur le site du producteur et possiblement trouver l’info sur le vin qui vous intéresse. Encore une fois ce ne sont pas tous les producteurs qui donnent une telle information.

Souvent les chroniqueurs de vins indiqueront le potentiel de garde du vin dont ils font la critique mais pas tous. Je l’ai fait à quelques reprises et j’en ferai part de plus en plus dans mes chroniques.

Les Moustiquaires

Les Moustiquaires: gauche à droite: Claude Lalonde (Vinformateur), Bob, Stéphane et Ben
Les Moustiquaires: gauche à droite: Claude Lalonde (Vinformateur), Bob, Stéphane et Ben

Ceci étant dit, je fais partie d’un groupe de dégustation appelé Les Moustiquaires. Pas besoin de vous dire que nous sommes quatre. Nous dégustons beaucoup de vieux vins de qualité souvent âgés d’une vingtaine d’années. Et il nous arrive fréquemment de sortir des vins vieux de 15-20 ans que nous avons payé une vingtaine de dollars dans le temps. Et plus souvent qu’autrement nous sommes surpris de la résilience de certains de ces vins. C’est sûr que les arômes prédominants sont de types tertiaires comme le tabac, la prune, le vieux bois mais nous apprécions ces arômes et ces saveurs.

Votre tolérance à ces notes tertiaires jouera aussi un rôle important dans votre décision d’ouvrir ou non votre bouteille. Si vous préférez de belles notes de fruits frais oubliez le vieillissement du vin et ouvrez votre flacon le plus tôt possible. Car il est toujours mieux de boire un vin trop jeune qu’un vin trop vieux.

Bonne dégustation!!

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